Slasheur : cumuler les jobs, un métier d’avenir

slasheur

Marielle Barbe se définit comme une « slasheuse » pleinement assumée et (tellement) heureuse de ne plus avoir à se couper les ailes ni à occulter les multiples facettes de sa personnalité pour se conformer à un profil professionnel standardisé et « acceptable ». Passionnée depuis toujours par le capital humain et sa capacité à contribuer au « bon sens » du monde, rien ne la réjouit plus que d’accompagner des personnes et des organisations à révéler et développer leurs (multiples) potentiels pour répondre aux enjeux du monde d’aujourd’hui et anticiper ceux de demain. En attendant de la retrouver lors de la 7e édition de notre Panorama des Innovations Managériales, elle dresse pour nous le portrait robot du slasheur.

 

Qui sont les slasheurs ?

Les terme slasheur vient du signe typographique (/). Il désigne des personnes qui cumulent différentes activités professionnelles en même temps.

Une étude menée en France en 2015 et 2016 par le salon SME a révélé que plus de 4,5 millions de personnes (soit 16% de personnes) sont des slasheurs, et 70% le sont par choix.

Selon moi, les slasheurs sont avant tout des personnes naturellement curieuses, qui ont besoin de pouvoir “cultiver” leur enthousiasme et de déployer toutes les facettes de leur personnalité pour se sentir épanouis et “complets”. Ils ont pour devise, “la vie est trop courte pour se résoudre à n’en vivre qu’une”. Et surtout ils ne se reconnaissent pas dans la norme du travail – imposée par la révolution industrielle – de la mono-activité, prônant l’expertise, et présentant le CDI comme le Graal. Pour eux, la carrière n’est pas autoroute toute tracée vers la retraite mais plutôt une aventure qui leur permet peu à peu d’explorer et de polir les différentes facettes de leur personnalité. Ils peuvent ainsi faire évoluer en permanence leur projet professionnel, en le faisant s’accorder à la fois avec leurs compétences mais aussi avec leurs envies.

 

Slasheur : buzz Word ou vraie tendance de fond ?

Comme toujours quand on parle d’un phénomène nouveau, il y a l’écueil de le circonscrire à un effet de mode. Mais les modes, les diktats de la norme évoluent en permanence. La pluri-activité en réalité a toujours existé. Mon grand-père pour subvenir aux besoins de sa famille était un slasheur, à la Renaissance les slasheurs étaient des “polymathes’, c’est à dire des personnes qui faisaient des activités totalement éloignées et au contraire d’aujourd’hui, cela était perçu comme normal, comme une valeur ajoutée.

Alors de mon point de vue, plus qu’une tendance de fond, c’est une évolution multifactorielle et logique de la relation que l’on a avec le travail. Je dis souvent dans les conférences que je donne, que le phénomène dépasse amplement la question des générations Y ou Z : nous vivons une évolution de l’ordre d’une prise de conscience collective de la relation que nous entretenons au travail. Pour chacun d’entre nous, il paraît de moins en moins acceptable (et c’est tant mieux) d’aller travailler la boule au ventre, de ne pas se sentir à sa place dans son travail, de ne pas s’y épanouir, que celui-ci ne produise de sens ni pour soi, ni pour le monde. Probable que le prochain “Me too”, concerne le travail, du genre “balance ton job” !

Personnellement, je rêve que d’ici quelques années, la question d’avoir une seule activité professionnelle ou plusieurs ne se pose plus. Et que l’on ne regarde plus les slasheurs comme des personnes instables, des touches à tout, inadaptées au monde du travail. Car ils sont et seront, en réalité, les personnes les plus adaptées, les profils les plus recherchés pour faire face aux évolutions en cours et à venir.

 

Quels enjeux cette hybridation des talents présente-t-elle pour le RH ?

Je suis convaincue, qu’oser hybrider les compétences, donner la possibilité aux collaborateurs de se déployer dans leur “complétude”, répond globalement aux enjeux majeurs auxquels font face les RH aujourd’hui et ce pour toutes les générations, pas seulement les Y et le Z.

Notamment sur les questions ou problématiques liées à :

  • l’attractivité des talents : c’est la promesse de toujours pouvoir évoluer (et de ne pas se sentir coincé dans sa fiche de poste),
  • l’engagement : c’est une façon de cultiver l’enthousiasme en permanence, de ne jamais s’ennuyer (finis les bore-out),
  • la mobilité : cela permet de révéler en interne des pépites non identifiées, cachées (et d’éviter de faire appel à des cabinets de recrutement pour aller les chercher à l’extérieur),
  • le bien-être, l’épanouissement personnel et professionnel : c’est la garantie d’une meilleure prise en compte de nos besoins, de nos envies, de nos compétences (donc moins de risque de burn-out)
  • la créativité, innovation : les slasheurs font des connections entre des sujets, des expertises multiples et complémentaires, que d’autres profils ne font pas, il sont donc ultra créatifs,
  • la rétention des talents : savoir que l’on donne en interne la possibilité au fil de sa carrière d’évoluer, de polir de nouvelles facettes, de développer de nouvelles compétences ouvre en permanence le champ des possibles (et évite d’avoir envie d’aller voir ailleurs),
  • l’agilité : dans un monde en évolution exponentielle, soumis à des crises en série, l’agilité qui est demandée aux entreprises implique avant tout que chaque collaborateur puisse être “agile“. Les slasheurs n’ont pas peur de se ré-inventer, de rebondir, de se remettre en question, ils sont agiles par nature.

Si vous deviez citer une source d’inspiration dans votre métier, quelle serait-elle ?

Une citation de Maya Angelou :

“Si tu essaies d’être normal, tu ne sauras jamais à quel point tu peux être extraordinaire”.

Une expérience inspirante : J’étais à Montréal cet été et j’ai eu la chance de découvrir une expérience menée au Canada dans la fonction publique, qui a conforté ma conviction qu’il est urgent de trouver les moyens de faire évoluer sa carrière au fil de ses envies/compétences. Comme c’est le plein emploi au Canada, la fonction publique ne parvient pas à séduire les jeunes, et donc à attirer de nouvelles recrues. Ils ont donc lancé il y a deux ans, “Les agents libres”, un programme pilote auprès de fonctionnaires volontaires. En s’engageant dans ce programme les personnes acceptent de changer de mission tous les 6 mois, 1 an, ou 18 mois. Chaque mission terminée, on leur demande de refaire un point sur les compétences qu’ils ont acquises dans cette mission et sur leurs envies à date. Et alors, le gouvernement leur propose les missions qui leur correspondent le plus. Ils passent du statut de fonctionnaire à celui de super “agent libre” qui enchaîne les missions.

Alors, si la fonction publique est capable de mettre en place un projet aussi innovant, je me dis que tout est possible !

 

Pour en savoir plus, rdv à Paris les 4 & 5 décembre 2018 pour la 7e édition de la conférence « Panorama des Innovations Managériales » à Paris.

[dt_quote font_size= »normal » background= »fancy »]Marielle BARBE Marielle BARBE est slasheuse, consultante, conférencière et auteure de « Profession slasheur: cumuler les jobs, un métier d’avenir », éditions Marabout 2017.

 

Elle interviendra lors la 7e édition de la conférence  » Panorama des Innovations Managériales » à Paris. [/dt_quote]

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